Les travailleurs n'ont pas à mourir pour les industriels !

EDITORIAL DES BULLETINS D'ENTREPRISE 30/03/2020

L’épidémie continue de s’étendre. De plus en plus de services de réanimation atteignent leur point de rupture ; le 15 est submergé. Certains Ehpad sont devenus des mouroirs, faisant craindre l’hécatombe. Le personnel soignant nous supplie de respecter le confinement le plus strict. Et à quoi pensent les industriels ? À redémarrer leurs usines au plus vite.

C’est le cas de PSA, Renault, Airbus, Safran qui programment leur montée en charge…Certains se cachent derrière l’alibi de fabriquer quelques respirateurs, la réalité est que ces grands groupes s’ajouteront aux entreprises non vitales, de l’armement aux cosmétiques, qui ne se sont jamais arrêtées. Ils imposeront la remise au travail de milliers de sous-traitants. C’est irresponsable et criminel.

Le rassemblement évangélique de Mulhouse a été le point de bascule de l’épidémie en France. En rouvrant ces usines, le gouvernement et le grand patronat recréent 10, 20, 30 rassemblements du même type, au risque de relancer l’épidémie. Pourquoi ? Pour que les ouvriers continuent de suer des profits pour Dassault ou Peugeot. Et après cela, Macron nous dira que la santé passe avant la recherche des profits !

Depuis le début de l’épidémie, chaque décision gouvernementale est pesée, calculée en fonction des intérêts des capitalistes. Il y a bien un plan d’urgence sanitaire, mais celui-ci ne consiste pas à fabriquer masques, gants, tests, respirateurs et médicaments derrière lesquels courent toujours les personnels de santé après dix semaines de mobilisation. Il ne consiste pas à renforcer et à sécuriser le personnel des Ehpad, ne serait-ce qu’en leur permettant de se tester régulièrement. Il n’organise pas des hébergements pour isoler comme il le faudrait les cas positifs au Covid-19 !

Ce plan de guerre injecte 345 milliards dans l’économie pour assurer la continuité des affaires et rassurer les spéculateurs. Il autorise, au prétexte de l’état d’urgence sanitaire, des semaines de travail de 60 heures et légalise le vol de RTT et de semaines de congés payés à ceux qui sont au chômage technique ou là où l’activité est réduite. Imposer et faire accepter des sacrifices exceptionnels aux travailleurs pour les intérêts de la minorité capitaliste, voilà à quoi servent tous ces discours guerriers !

Comme dans toutes guerres, il y a les troupes, la chair à canon, constituées par les travailleurs : les hospitaliers, les ambulanciers, les auxiliaires de vie, les éboueurs, les salariés de la distribution, de l’entretien, des transports, de l’énergie ou les ouvriers de l’agroalimentaire, de la chimie ou de la pharmacie… qui montent au front au péril de leur vie. De l’autre côté, il y a les profiteurs de guerre, les industriels et les banquiers planqués à l’arrière qui cherchent à exploiter la situation.

Pendant que les uns s’échinent à sauver des vies, les actionnaires sont derrière leurs écrans à l’affût du jackpot boursier. Ils s’activent pour sauver leurs profits avec la peau des travailleurs. Eh bien, il faut résister aux pressions et à l’appel aux sacrifices ! Il faut se battre pour que nos vies et nos intérêts de travailleurs soient respectés.

Des millions d’employés et d’ouvriers, ceux-là même que l’on disait en voie de disparation, sont indispensables à la vie sociale et on leur doit la sécurité maximum. Mais les postiers n’ont pas à risquer leur santé et celle de leur famille pour distribuer des catalogues Damart ou Décathlon. Les manutentionnaires d’Amazon n’ont pas à mettre leur vie en danger pour livrer des chaussures ou des DVD. Et les ouvriers de l’automobile n’ont pas à sacrifier leur peau pour que leur entreprise prenne une longueur d’avance sur ses concurrents !

Macron nous demande du civisme, de la solidarité et des efforts pour la « nation ». Mais par « nation », il entend les actionnaires et la bourgeoisie. Car si le gouvernement a autorisé les entreprises à ne plus payer leurs loyers et leurs impôts, il ne l’a pas fait pour les travailleurs qui ne le peuvent plus. S’il veille à ce que les entreprises ne subissent pas de chute de trésorerie, il a acté la perte de 16 % du salaire net pour des millions de salariés au chômage technique.

Sous couvert d’union nationale contre le virus, l’exploitation et la lutte de classe continuent. Et à côté de la sacro-sainte propriété privée et de la recherche de profits, la vie des travailleurs ne pèse pas lourd. Alors, il faut que les travailleurs se souviennent des mots d’Anatole France au lendemain de la Première Guerre mondiale : « on croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels ». Si nous ne voulons pas que cela se reproduise, il va falloir nous battre pour sauver notre peau en contestant tout l’ordre social bourgeois.

La santé des travailleurs ne doit pas se jouer à la roulette russe !

EDITORIAL DES BULLETINS D'ENTREPRISE 23/03/2020

Avec le sinistre décompte du nombre de décès et de malades, chacun d’entre nous mesure la gravité de cette épidémie et l’enjeu à respecter les mesures de confinement pour se protéger et protéger les autres.

Cela nécessite des sacrifices, surtout pour les familles ouvrières. Mais le pire est de voir toutes ces précautions anéanties parce que patronat et gouvernement veulent que les affaires continuent.

Le week-end, les travailleurs sont sommés de se cloîtrer, ils sont regardés de travers quand ils se permettent de faire le tour du pâté de maisons avec leurs enfants. Et le lundi, ils doivent prendre les transports, franchir à plusieurs centaines les mêmes tourniquets et se confiner à 50, 100, 200 dans un atelier où ils se partageront les outils, les uns à côté des autres à Airbus, Amazon, La Redoute…

Le gouvernement met en danger la vie de millions d’ouvriers, d’employés, de techniciens et prend le risque d’affaiblir l’efficacité du confinement général. Pourquoi ? Uniquement pour assurer la continuité des profits de la bourgeoisie !

Parce que ce n’est pas en fabriquant des hélicoptères de combat, des paquebots de croisière ou du rouge-à-lèvres que nous allons combattre le virus ! Pénicaud a poussé les capitalistes du BTP à redémarrer. Si c’était pour lancer la construction d’hôpitaux de campagne, comme la Chine a su le faire, on comprendrait, mais ce n’est pas le cas !

Faire tourner les entreprises à l’heure où le personnel de santé supplie que nous respections un confinement strict est une décision criminelle. Et cela n’a rien d’inconscient, c’est volontaire et réfléchi : c’est un choix de classe. Depuis le début de l’épidémie, chaque décision gouvernementale est pesée, calculée en fonction des intérêts des capitalistes. Quant à la vie des travailleurs, elle ne compte que pour suer des profits !

Alors, il n’y a pas « d’union nationale » qui tienne ! Il faut que les travailleurs se défendent et refusent de servir plus longtemps de chair à profits pendant que les dirigeants et les actionnaires sont planqués à l’arrière. Il faut obtenir, collectivement, l’arrêt immédiat des entreprises non indispensables à la lutte contre l’épidémie et à la vie sociale.

Et il faut que tous les moyens possibles soient mis à la disposition de la lutte sanitaire. Nous payons aujourd'hui les fermetures d’hôpitaux, les suppressions de lits et de personnel de ces dernières décennies. Autour de 2011, le ministère de la Santé a décidé d’abandonner le stockage de masques pour économiser 60 malheureux millions d’euros par an ! On mesure combien toutes ces économies sont criminelles. Tout cela ne se rattrapera pas.

Mais cela fait plus de deux mois que l’on voit arriver la catastrophe et alors que Macron a mobilisé tout le pays pour mener la guerre sanitaire, les troupes médicales continuent de manquer de masques et de tests ! Les aides à domicile soignent des personnes à risques sans même savoir si elles ne sont pas elles-mêmes porteuses du virus. Que doivent-elles faire ? Croiser les doigts pour ne pas répandre l’épidémie ? Alors oui, le personnel de santé a courageusement répondu à l’appel. Mais il est envoyé au front dans des conditions révoltantes et le paye déjà par plusieurs morts.

Quant à la santé des caissières, des éboueurs, des électriciens, des camionneurs, des conducteurs de bus, des postiers… appelés à assurer les activités essentielles, le gouvernement s’en est moqué jusqu’à ce que les protestations et les droits de retrait se multiplient. Maintenant, il propose à leur employeur de leur verser une prime de 1000 €. Pour acheter leur santé et celle de leur famille ? C’est grossier !

Les travailleurs qui œuvrent dans les domaines vitaux font la démonstration de leur conscience collective. Mais ils n’ont pas à accepter de jouer à la roulette russe avec leur vie ! À l’Assemblée nationale, les micros sont nettoyés après chaque intervenant par les huissiers… eh bien les petites mains indispensables à la vie sociale n’ont pas à être traitées moins bien que les députés et les sénateurs !

Et ceux qui ne travaillent pas n’ont pas à payer le confinement avec leurs journées de congés payés ou de RTT, comme le gouvernement veut le rendre possible avec l’état d’urgence sanitaire.

Cette crise sanitaire est un miroir grossissant des inégalités et du mépris de classe de notre société. Elle jette une lumière crue sur l’incurie de nos gouvernants et sur l’irresponsabilité de notre organisation sociale. Eh bien, faisons aussi en sorte qu’elle soit un électrochoc et qu’elle nourrisse la révolte contre cet ordre social conçu pour que quelques-uns s’enrichissent avec la peau de la grande majorité !